Une soupe miracle qui fait maigrir ? Info ou intox ?
La soupe peut-elle faire maigrir ? A elle toute seule ou dans un programme alimentaire ? La soupe aux choux, la soupe brûle graisse, (ou brûleuse de graisses ou encore mange-graisse), la soupe amaigrissante, la soupe miracle : voici un bilan diététique et rationnel sur la soupe et l'amaigrissement, pour distinguer le vrai du faux, les éventuels bienfaits et les risques.
Tout d'abord, si l'on vous dit (ou si vous lisez) qu'un aliment, même s'il s'agit d'une soupe, contient 0 calories ou que sa digestion nécessite davantage d'énergie que celle qu'elle apporte, vous n'avez pas l'impression qu'on se moque de vous ? Si les aliments nous faisaient dépenser plus de calories pour les digérer qu'ils ne nous en apportent, ce ne serait pas des aliments. Donc, première conclusion : aucun aliment ne fait maigrir par le simple fait d'être mangé (pas même les oeufs durs, bien qu'ils soient très longs à être digérés !)
Si l'on rajoute que plus vous mangez, plus vous maigrissez, et que l'on veut vous faire croire que c'est la soupe qui fait maigrir, ouvrez les yeux : plus vous mangez de soupe, moins vous mangez d'autres choses. C'est bien sûr le fait de ne pas manger ces autres choses qui vous fera maigrir (mais à quel prix ? Ça on le verra plus loin.). Notons d'ores et déjà que dans un régime amaigrissant "classique", c'est-à-dire hypoénergétique et équilibré, le principe est comparable : on vous invite à manger moins d'aliments à haute densité énergétique et davantage d'aliments à faible densité énergétique, donc plus vous mangez d'aliments peu caloriques et moins vous mangez d'aliments très caloriques. Résultat : en modifiant ainsi vos habitudes alimentaires, vous maigrissez.
Différentes équipes scientifiques ont étudié l'intérêt de la soupe par rapport à l'amaigrissement, à l'appétit, à la satiété, aux choix alimentaires, etc. Leurs conclusions sont les suivantes :
Une étude menée par le Service de Nutrition de l'Université d'état de Pennsylvanie (USA) sur des femmes minces a montré
que le fait de consommer des aliments préparés et servis avec leur eau de cuisson (= autrement dit, de la soupe !),
entraînait une réduction significative de la faim et par conséquent du reste de la prise alimentaire
au même repas.
Au contraire, si les mêmes aliments (=ceux qui ont servi également pour la soupe) étaient présentés sans leur eau de cuisson, accompagnés ou non d'eau de boisson,
le reste des apports alimentaires au cours du repas n'en était quasiment pas affecté. Les 3 types de plats servis comportaient les mêmes ingrédients en proportions identiques et
étaient avaient donc la même valeur énergétique. Ils consistaient en :
Ration n°1 : Poulet et riz cuit à la casserole
Ration n°2 : Poulet et riz cuit à la casserole + eau de boisson
Ration n°3 : Soupe de poulet et de riz
L'apport énergétique total moyen du repas des femmes qui ont consommé la :
ration n°1 s'élevait à 1657 kJ (396 kcal) ;
ration n°2 s'élevait à 1639 kJ (392 kcal) ;
ration n°3 s'élevait à 1209 kJ (289 kcal).
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La réduction de l'apport alimentaire observée dans les rations avec soupe n'était pas compensée au repas suivant.
(Ma) Conclusion : lorsque votre diététicien(ne) vous recommande de faire des repas volumineux, ce n'est pas dans l'intention machiavélique de faire craquer le bouton de votre pantalon/jupe à la fin du repas !
Une équipe du Laboratoire de Neurobiologie de la Nutrition E.P.H.E. (Paris, France) s'est intéressée aux effets de la soupe sur le rassasiement.
L'étude portait sur 12 jeunes hommes minces et 10 jeunes hommes en surpoids.
Les sujets qui ont consommé de la soupe avant le déjeûner ont réduit l'apport énergétique du déjeuner ; l'effet le plus prononcé était obtenu avec la soupe de légumes en morceaux.
La réduction de l'apport alimentaire au cours du déjeuner n'était pas compensée au dîner pour les sujets en surpoids.
(Ma) Conclusion : lorsque votre diététicien(ne) vous recommande de privilégier la soupe en morceaux à la soupe mixée ou au simple bouillon, ce n'est pas simplement pour le plaisir de vous contrarier !
Le Service de Psychologie de l'Université d'état de New York située à Stony Brook (USA)
a réalisé une étude relative aux répercussions de différents degrés de
privation (de nourriture et d'eau) sur le self-contrôle de 14 femmes adultes
concernant leurs choix alimentaires.
Après une période de privation, on mettait à leur disposition différents jus de pommes plus ou moins concentrés.
Avant la séance de test, les sujets se voyaient donner ou non 500 g de soupe de tomate.
Celles qui avaient consommé de la soupe avaient moins faim et faisaient preuve d'un meilleur
auto-contrôle pendant le test et l'apport énergétique lié à leur consommation de jus de pommes
était nettement plus bas que celles qui n'avaient pas bu de soupe.
On pouvait par ailleurs observer que cet auto-contrôle diminuait proportionnellement avec le temps écoulé entre la consommation de la soupe et
le début de la séance de test.
(Ma) Conclusion : lorsque votre diététicien(ne) vous recommande de ne pas vous affamer en mangeant des rations de misère sous prétexte de vouloir maigrir, ce n'est pas dans le but inavouable de vous pousser à manger afin de vous faire grossir !
Nous venons donc de voir que la soupe, en morceaux de préférence, peut aider à maigrir en réduisant l'appétit. Or, par un heureux hasard, il se trouve que la soupe aux choux, ou soupe miracle, ou soupe dévoreuse de graisse, appelez-la comme bon vous semble, est une soupe en morceaux ! Un bon point pour elle !
La soupe miracle connaît plusieurs variantes selon les goûts et dégoûts de ses co-auteurs et plagiaires. Elle se répand par le bouche à oreille, par internet, et par photocopie, entre autres. D'une version à l'autre, certains ingrédients sont ajoutés ou supprimés et les menus des 7 jours qui l'accompagnent font également l'objet de certaines modifications.
En voici donc une version (qui m'a été apportée par une cliente) :
SOUPE MIRACLE
Pain tabou ! ! !
3 gros oignons
1 grande boîte de tomates pelées
1 chou
2 poivrons
1 branche de céleri
(Sur la photocopie que j'ai sur mon bureau, les 2 lignes suivantes ont été rayées, sans doute parce que les carottes font grossir...? :)
3 à 4 carottes
1 bouillon de légumes
Couper les légumes en petits morceaux, couvrir avec de l'eau et cuire une bonne heure. Il faut manger de la soupe au moindre sentiment de faim, elle ne contient aucune calorie.
1er jour : Tous les fruits (sauf bananes). A volonté
2ème jour : Tous les légumes crus ou cuits (sauf petits poids, haricots, maïs)
3ème jour : Fruits et légumes (sauf bananes et patates)
4ème jour : Bananes et lait. On peut manger jusqu'à 8 bananes et boire jusqu'à 8 verres de lait (2 litres en tout pas plus) Les bananes consistent en calories, hydrates de carbone, calcium
5ème jour : Viande de boeuf et tomates. On peut manger jusqu'à 8 tomates et de 280 à 320 grammes de boeuf grillé.
6ème jour : Viande de boeuf et légumes. A volonté (sauf patates). Tous les légumes doivent être cuits à l'eau.
Durant le 5ème et le 6ème jour boire jusqu'à deux litres d'eau pour nettoyer les reins.
7ème jour : Riz brun, légumes et jus de légumes et tous fruits.
Bon, entre nous, est-ce que de telles propositions sont sérieuses ? Qu'est-ce qui les justifie ?
Est-ce qu'il ne serait pas plus simple de manger une bonne soupe au début du repas (dont les vertus ne sont plus à démontrer) et,
pourquoi pas entre les repas si on a faim, mais de conserver des repas qui apportent à l'organisme tous les nutriments essentiels dont il a besoin ?
Les conseils donnés sont très vagues et ont l'air très farfelus. Dans cette version, nulle part n'est abordé le sujet de la matière grasse. On en met ? On n'en met pas ? Mystère !
Dans d'autres versions, on constate bien sûr que toute matière grasse est proscrite, que le lait est écrémé, que les bananes sont limitées à 3, et autres différences plus ou moins restrictives.
On devine néanmoins qu'un effort est fait pour apporter une certaine diversité alimentaire sur la semaine et que le but principal est de réduire l'apport
énergétique en limitant la diversité des aliments / des groupes alimentaires sur la journée. En effet, nous savons tous que si l'on ne mange qu'une sorte d'aliment, on en mange beaucoup moins que si l'on mange plusieurs sortes d'aliments, l'appétit étant stimulé par la diversité.
Quels résultats peut-on attendre du régime "soupe miracle" ou "soupe aux choux" ?
Cette soupe est bien sûr peu calorique et riche en potassium. Et, au vu de ce que l'on a le droit de consommer par ailleurs, voici les phénomènes que l'on va observer :
Eau + fibres + potassium = effet diurétique et laxatif ==> on va perdre de l'eau et le transit intestinal va être accéléré. On a déjà perdu 1 kilo ! (mais pas un gramme de graisse !)
Protéines nettement insuffisantes et apport glucidique faible ==> perte du glycogène + eau liée et perte de masse maigre sur les muscles et les organes vitaux. On a encore perdu 4 kilos ! (mais pas un gramme de graisse !)
Sur les 5 à 8 kilos éventuellement perdus, 5 kilos (au moins) des kilos perdus ne sont pas de la graisse. L'eau et le glycogène seront assez vite repris tandis que le muscle demandera un peu plus de temps pour être reconstruit (chez la personne âgée, ce muscle sera très très difficile à récupérer).
On peut donc raisonnablement espérer perdre 1 kilo de graisse en suivant les principes de cette cure et on aurait obtenu un résultat identique voire meilleur (et dans tous les cas meilleur pour la santé physique et mentale) si on avait suivi un régime équilibré qui ne malmène pas l'organisme et qui n'empêche pas de prendre ses repas en société...
Mais, s'il est vrai que les défendeurs de cette soupe vous promettent de perdre 5 à 8 kilos en 7 jours, ils n'ont jamais dit qu'il s'agissait de kilos de graisse !
Autant dire tout de suite que le jeu n'en vaut pas la chandelle... et surtout, que cette "cure miraculeuse" ne DOIT JAMAIS être prolongée au delà d'une semaine car les carences qui s'installeraient sont multiples compte tenu du manque évident de calcium, de magnésium, d'acides gras essentiels, de fer, de protéines de bonne qualité, de vitamines liposolubles, et bien d'autres !
Enfin, ne doivent s'y hasarder que les personnes en excellente santé, les contre-indications à un tel mode d'alimentation étant particulièrement nombreuses.
Muriel Finetin, Diététicienne.