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Le resvératrol, molécule star du paradoxe français.
Qui n'a jamais entendu dire que le fait de boire du vin était un facteur significatif de réduction des
risques de pathologies cardio-vasculaires, expliquant en partie le "paradoxe français" ?
Il ne s'agit pas ici de remettre en cause cette vertu protectrice, encore qu'il soit sans doute nécessaire de
souligner que la consommation de vin, même modérée, n'est pas conseillée
chez les femmes dans la mesure où, d'une part, avant l'âge de 60 ans, la probabilité
qu'elles fassent un infarctus est très faible (il est donc peu utile de réduire ce risque de moitié...)
et, d'autre part, les risques de développer un cancer sont augmentés par cette consommation.
On pourrait objecter que ce risque de cancer n'est pas une véritable menace puisque le resvératrol,
molécule contenue dans le vin (surtout rouge) a la capacité d'inhiber la formation et la progression
des tumeurs cancéreuses. In vitro et à haute dose, c'est exact. Mais in vivo, la quantité
de resvératrol nécessaire pour obtenir cet effet ne peut pas être apportée par une consommation
de vin modérée ! Paradoxe, pas seulement français celui-là !
Mais qu'est-ce donc, au fait, que le resvératrol ? C'est une phytoalexine (= substance antibiotique produite par une plante pour se défendre
contre des champignons ou des bactéries) polyphénolique fabriquée par la vigne
pour se protéger du mildiou ou de l'oïdium par exemple, mais que l'on rencontre également en quantité appréciable dans
les cacahuètes.
Le resvératrol a une action fluidifiante sur le sang, en s'opposant à l'aggrégabilité plaquettaire (l'aggrégation
des plaquettes sanguines pouvant former un caillot).
Il a de plus une puissante action antioxydante
sur les lipoprotéines de faible densité (les LDL, qui véhiculent le "mauvais" cholestérol), réduisant les risques
de dépôt de cholestérol sur les parois des artères (processus initiateur de la formation de plaques athéromateuses qui peuvent
être à l'origine d'infarctus ou d'accident vasculaire cérébral).
Enfin, le resvératrol possède des propriétés anticancéreuse et anti-inflammatoire.
Tous les vins ne contiennent pas la même quantité de resvératrol, qui varie selon la couleur (il y en a davantage
dans le vin rouge que dans le vin blanc), selon le climat et selon la nécessité : la vigne ne produit son arme de défense
qu'en cas d'attaque du champignon ennemi ! A la différence de la plupart des autres polyphénols, le taux de
resvératrol contenu dans la peau du raisin ne diminue pas avec le temps, même dans de mauvaises
conditions de stockage.
Lorsqu'on considère que les aliments végétaux contiennent des cocktails complexes de milliers
de polyphénols, il importe de replacer leurs éventuelles vertus thérapeutiques dans ce contexte de
richesse en principes actifs multiples et interactifs au sein de l'aliment qui les comporte. Il convient
également de ne pas se focaliser sur le vin, comme s'il était la seule source de resvératrol, alors
que le raisin, le jus de raisin et les cacahuètes (les cacahuètes grillées sont moins intéressantes à ce titre que les
cacahuètes fraîches ou que le beurre de cacahuètes), sont une source alimentaire de ce polyphénol (et d'autres)
qui ne présente pas les inconvénients liés à l'alcool : manger du raisin ne conduit jamais à la cirrhose...
Muriel Finetin, Diététicienne.