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LIPIDES ET COMPOSES LIPOSOLUBLES

 

 

I.- Définition et généralités

Les lipides sont des esters d'acides gras et d'alcool. Ils représentent un groupe hétérogène de structure très variée.

En alimentation, on observe :

Les lipides sont des composés très énergétiques : 1 g de lipide apporte 38 KJ soit 9 kcal.

Même s'il peut paraître tentant pour un sujet en surpoids d'exclure les lipides de son alimentation, ce n'est pas concevable car ils sont indispensables à l'organisme non seulement pour leur rôle énergétique mais également pour leurs rôles plastique et fonctionnel.

Dans le corps humain, on observe :

Dans notre organisme, le transport des lipides est assuré par les lipoprotéines.

Les acides gras et les composés liposolubles dérivent tous de l'acide acétique. Or, les glucides, les lipides, les protéines et l'éthanol peuvent tous être oxydés pour donner la forme métaboliquement active de l'acide acétique : l'acétylcoenzyme A. Cet éclectisme explique pourquoi la suralimentation entraîne une surcharge lipidique dans l'organisme.

 

II.- Les lipides dans les aliments

II.1.- Sources alimentaires des lipides

Certains aliments sont des sources de lipides importantes tandis que d'autres en contiennent très peu. Les lipides étant très caloriques, toute personne souhaitant perdre du poids (ou surveiller sa ligne) doit effectuer un choix qualitatif des aliments, de telle sorte qu'elle privilégiera les aliments maigres et ne consommera pas trop fréquemment ceux qui sont les plus gras.

De plus, comme on l'a dit précédemment, il faut également tenir compte des lipides d'ajout qui viennent s'additionner à ceux contenus dans les aliments.

Ainsi, lorsque nous croquons une tomate crue, nature, de 100 g, nous ne consommons que 0,3 g de lipides !

Mais si nous mangeons 100 g de salade de tomates, agrémentée d'une vinaigrette, chaque cuillère à soupe de sauce nous apporte 10 g de lipides (soit 90 Calories !). Pour peu qu'on apprécie vraiment la vinaigrette (disons 2 cuillerées à soupe), voilà l'addition énergétique de notre hors-d'œuvre qui passe de 22 Calories à 222 Calories. Il en va de même pour la suite du repas : chaque fois que nous rajoutons de la matière grasse pour cuisiner ou assaisonner, nous alourdissons la "note" énergétique.

 

 

ALIMENTS

TENEUR LIPIDIQUE

Huile végétale

Graisses animales (saindoux, graisse de bœuf,...)

Beurre et margarine végétale

Graines oléagineuses (amandes, noix, noisettes,...)

Rillettes, saucisson

Foie gras

Boudin noir, pâté de foie, chair à saucisse

Autres charcuteries

Fromage à moisissures internes (bleu, roquefort,...)

Chocolat

Crème fraîche

Fromage à pâte pressée (cantal, emmenthal, comté,...)

Avocat

Olive

Fromage à pâte molle (brie, camembert, livarot,...)

Viande de bœuf, mouton, agneau, porc, oie, poule

Œufs de poule

Biscuits

Abats

Viande de veau, cheval, gibier, pigeon, poulet

Viande de canard, dinde

Lait entier

Poissons, mollusques et crustacés

Céréales, fruits et légumes

100

96

83

40 à 60

54

45

40

15 à 35

35

30

30

20 à 30

20

15 à 25

16 à 23

15 à 30

12

4 à 25

2 à 15

2 à 10

6 à 22

3 à 5

0,3 à 13

0 à 1

Figure I. Teneur en lipides de différents aliments, en g pour 100 g

 

II.2.- Etude de quelques lipides alimentaires

Les lipides alimentaires sont constitués de :

A/ Les acides gras

Les triglycérides (ou triacylglycérols) sont composés de trois molécules d'acides gras estérifiées par une molécule d'alcool (le glycérol, qui est un trialcool). Les acides gras qui composent ces triglycérides peuvent être très variables.

Formation d'un triglycéride :

 

Formule semi-développée d'un acide gras. Exemple : l'acide caprique.

CH3-(CH2)8-COOH

 

On décrit :

Les acides gras à chaîne courte et moyenne dont le nombre d'atomes de carbone est < 12 sont absorbés même en l'absence de sels biliaires. C'est pourquoi ils sont faciles à digérer même chez des personnes souffrant de troubles biliaires ou de malabsorption.

Les acides gras à chaîne courte sont essentiellement représentés dans le beurre de ruminants et les huiles de palmiste et de coprah (qui sont en fait des graisses, puisqu'elles sont solides à 20°C).

Les acides gras plus longs (C > 12) sont absorbés selon un mécanisme plus complexe sous forme de micelles, et nécessitent l'intervention des sels biliaires.

 

On décrit :

  1. Les acides gras saturés
  2. Les acides gras saturés les plus répandus dans la nature sont l'acide palmitique (C16:0 - cette abréviation signifie 16 atomes de carbone et aucune double liaison), l'acide stéarique (C18:0) et, en second lieu, l'acide myristique (C14:0) et l'acide laurique (C12:0).

    Les acides gras saturés proviennent essentiellement des lipides d'origine animale, qui sont également riches en cholestérol. Ils contribuent à augmenter le cholestérol sanguin donc à augmenter le processus d'athérosclérose qui rétrécit nos artères.

    Une alimentation riche en A.G.S. augmente l'agrégation plaquettaire. Lorsque nous nous coupons, les plaquettes s'agglutinent pour empêcher l'hémorragie. Mais les plaquettes peuvent aussi s'agglutiner pour colmater des lésions de nos parois artérielles dues aux plaques d'athérome, formant ainsi des caillots (thrombus) qui peuvent oblitérer l'artère : on parle de thrombose.

    L'ischémie aiguë (arrêt de l'irrigation sanguine) peut être à l'origine d'un infarctus ou d'une embolie cérébrale.

    Pour prévenir ces risques, on conseille donc de limiter notre consommation d'A.G.S.

  3. Les acides gras mono-insaturés
  4. Les acides gras mono-insaturés le plus fréquemment rencontrés dans les aliments sont l'acide oléique (C18:1,n-9 - cette abréviation signifie 18 atomes de carbone et 1 double liaison numérotée à partir de l'extrémité portant le groupe méthyle) qui représente 30% des acides gras apportés par l'alimentation, et l'acide palmitoléique (C16:1,n-9).

    L'acide oléique, contenu en forte proportion dans l'huile d'olive, ainsi que dans l'huile de colza, d'arachide et d'oléisol, mais présent également dans l'avocat, les amandes et la graisse de volaille, joue un rôle protecteur certain contre l'athérosclérose : il abaisse le cholestérol total et le cholestérol LDL (le "mauvais" cholestérol), sans réduire le cholestérol HDL (le "bon" cholestérol). De plus, le fait de privilégier l'apport d'acides gras mono-insaturés permet de réduire l'apport d'acides gras saturés, ce qui contribue d'autant plus à abaisser le taux de cholestérol plasmatique.

  5. Les acides gras poly-insaturés

Les principaux acides gras poly-insaturés sont :

L'acide linoléique et l'acide linolénique sont des acides gras essentiels (A.G.E.) car ils ne peuvent être synthétisés par l'organisme : ils doivent donc nécessairement être fournis par l'alimentation.

Les deux acides gras essentiels utilisent les mêmes enzymes pour l'élongation et la désaturation conduisant aux acides gras de leur lignée : ils sont donc en compétition. Compte tenu de nos besoins en chacun d'eux, il est souhaitable d'avoir un apport en acide linoléique 5 fois supérieur à celui de l'acide alpha-linolénique.

Les acides gamma-linolénique (G.L.A.) et arachidonique sont synthétisés à partir de l'acide linoléique : ils sont de la lignée n-6.

La capacité de synthétiser l'acide arachidonique diminue avec l'âge : cet acide gras est donc considéré comme essentiel chez les personnes âgées. Il doit être apporté par des aliments d'origine animale, essentiellement la viande. L'acide arachidonique est le précurseur des prostaglandines.

Les A.G.P.I. sont essentiellement d'origine végétale. On rencontre l'acide linoléique dans l'huile de pépins de raisin, de tournesol, de noix, de maïs, et accessoirement dans certaines viandes comme le porc et la volaille.

L'acide linolénique est beaucoup plus rare; on le trouve dans les graines oléagineuses (noix, amandes...) et les huiles de colza, de noix, de soja, de germe de blé. La viande de cheval et le gibier en contiennent également.

Les A.G.P.I. jouent un rôle prépondérant dans la fluidité membranaire du fait du repliement de la molécule à chaque double liaison.

Ils entrent dans la composition du tissu nerveux, de la rétine, participent à la croissance, à la cicatrisation de la peau, à l'agrégabilité plaquettaire (les cellules, plus souples, s'agglutinent moins) et protègeraient contre certains cancers.

Le caractère essentiel des acides gras poly-insaturés (qui furent alors appelés "Vitamine F") a été mis en évidence par G.O. Blurr et M.M. Blurr en 1929. En administrant des A.G.E. à des rats, ils ont observé la guérison de manifestations carentielles : troubles de la croissance, troubles des fonctions hépatiques et reproductives et troubles cutanés.

 

 

 

Aliments

A. G. saturés

A. G. mono-insaturés

A. G. poly-insaturés

linoléique

linolénique

Beurre

Suif de mouton

Saindoux

Graisse d'oie

___________________

Huile de coprah

Huile de palmiste

Huile de palme

Huile d'arachide

Huile de germe de blé

Huile d'olive

Huile de soja

Huile de germe de maïs

Huile de pépin de raisin

Huile de tournesol

Huile de nouveau colza

Huile de noix

68

52

44

26

____________________

91

77

21-51

20-22

17

15

15

14

11

11

8

5

30

34

46

55

____________________

7

20

39-59

41-60

20

68

22

27

16

22

61

22

1,5

5

8,5

9

__________

2

2

10-19

20

57

17

56

58

70

67

22

65

0,7

3

0,6

2

__________

< 0,1

< 0,1

0,3-0,9

< 0,1

6

0,5

7

0,8

0,3

0,1

9

8

A. G. poly-insaturés

Margarine standard

Margarine végétale

Margarine tartinable

Margarine au tournesol

39-56

43-50

26-35

15-19

 28-53

29-42

28-41

42-45

8-16

15-21

21-27

35-42

Figure II. Teneur des corps gras en acides gras saturés et insaturés (en %).

 

La configuration cis est la plus fréquente dans la nature. La molécule d'acide gras insaturé cis est repliée à chaque double liaison : les atomes de carbone qui précèdent et suivent immédiatement la double liaison sont situés à 0,301 nm l'un de l'autre. A l'opposé, la position trans correspond à une structure de chaîne dépliée, qui s'étend en longueur, comme celle des acides gras saturés : les atomes de carbone qui précèdent et suivent immédiatement la double liaison sont situés à 0,377 nm l'un de l'autre.

 

Certains acides gras trans sont d'origine biologique : ils proviennent d'acides gras polyinsaturés hydrogénés par les enzymes des bactéries du rumen. Les graisses d'animaux ruminants ainsi que les produits laitiers contiennent donc des acides gras trans. Le plus fréquent est l'acide élaïdique (C18:1), isomère trans de l'acide oléique, formé lors de l'hydrogénation des acides linoléique et linolénique.

D'autres acides gras trans sont d'origine non biologique : ils se forment lors de l'hydrogénation des corps gras d'origine végétale ou marine permettant d'augmenter leur point de fusion, afin de les rendre concrets à température ambiante (technique utilisée dans la fabrication des margarines). Certaines huiles sont également hydrogénées afin de les stabiliser en abaissant leur taux d'acide linolénique : ce traitement permet l'utilisation de ces huiles pour la friture. Dans l'huile de colza par exemple, on ramène ainsi le taux d'acide linolénique de 9% à 1%.

L'hydrogénation des acides gras insaturés les transforme, à terme, en acides gras saturés.

La toxicité des acides gras trans intéresse particulièrement la cardiologie. On sait désormais que l'acide élaïdique a une action plus hypercholestérolémiante que les acides gras saturés ! Suivre ce lien pour en savoir plus sur les acides gras trans.

Heureusement, les acides gras trans ne représentent en moyenne que 3 à 5% de notre consommation lipidique totale. Les personnes souffrant de cardiopathie sont vivement invitées à lire les étiquettes des corps gras qu'ils consomment afin de choisir parmi les matières grasses celles qui sont dépourvues d'acides gras trans. La liste des ingrédients des produits issus de l'industrie agro-alimentaire gagne à être lue, à cet égard comme à tant d'autres.

 

La ration lipidique qui, rappelons le, ne devrait pas excéder 35% de l'apport énergétique total journalier, devrait être répartie comme suit :

 

B/ Le cholestérol

Le cholestérol n'est pas un lipide à proprement parler mais un composé liposoluble de la famille des stérols.

Alcool insaturé tétracyclique de formule C27H46O, il entre dans la composition des membranes cellulaires (où il contribue à leur étanchéité et à leur rigidité) et est le précurseur des hormones stéroïdiennes (aldostérone, cortisol, progestérone, oestrogènes, testostérone), des sels biliaires et de la vitamine D3.

Le cholestérol est donc indispensable au bon fonctionnement de l'organisme, mais il est également impliqué dans certaines pathologies telles que l'athérosclérose et les calculs biliaires.

Le cholestérol d'origine alimentaire ne représente qu'une petite partie du cholestérol présent dans le corps humain, l'autre partie étant d'origine endogène, synthétisée par tous les tissus et plus particulièrement par le foie, l'intestin et les glandes corticosurrénales. Le cholestérol n'est pas un substrat énergétique : sa valeur calorique est nulle.

Nous ne réagissons pas tous de la même manière face au cholestérol alimentaire : 66% des êtres humains peuvent manger des aliments riches en cholestérol sans voir pour autant leur taux de cholestérol circulant augmenter, grâce à un double mécanisme de régulation concernant d'une part l'absorption intestinale du cholestérol et d'autre part la synthèse du cholestérol endogène qui, en temps normal, diminue lorsque le taux de cholestérol d'origine alimentaire augmente, et réciproquement. 34% d'entre nous ne bénéficient pas de ce système de régulation, c'est pourquoi leur consommation de cholestérol alimentaire fait directement augmenter leur cholestérolémie.

Chez les sujets hypercholestérolémiques, la réduction de l'apport alimentaire de cholestérol associée à la réduction de l'apport en graisses saturées, provoque la diminution de la cholestérolémie.

Les sources alimentaires de cholestérol sont essentiellement d'origine animale. Le tableau ci-dessous (figure III) reprend les aliments les plus riches en cholestérol. L'association acides gras saturés / cholestérol au sein d'un même aliment est bien sûr la plus néfaste chez les personnes souffrant d'hypercholestérolémie et d'athérosclérose.

 

 

Aliments

Taux de cholestérol

(en mg pour 100 g)

Commentaires

Cervelle

Jaune d'œuf

Œuf entier

Rognons

Caviar

Foie

Ris de veau

Beurre

Fromage

Graisse animale

___________________

Langouste, crevettes,

Huîtres

1810

1500

550

300-400

> 300

260-360

250

250-270

100-150

100

___________________

220

 

 

 

 

 

+ acides gras

saturés

 

 

 

 

___________________

+ acides gras

insaturés

Figure III. Teneur en cholestérol de différents aliments

 

III.- Quelques rappels sur les propriétés des lipides et les traitements de modification des corps gras

Les acides gras dont la chaîne carbonée comporte plus de 6 atomes sont insolubles dans l'eau (= hydrophobes) et solubles dans les solvants organiques. Le caractère hydrophobe d'un acide gras croït avec la longueur de la chaîne carbonée.

La quantité d'iode que peut capter une matière grasse est révélatrice du nombre de doubles liaisons que portent ses acides gras constitutifs. L'indice d'iode permet donc de connaître la proportion d'acides gras insaturés contenus dans un corps gras.

Le point de fusion d'un corps gras est la température à laquelle se produit le passage de l'état solide à l'état liquide. La valeur du point de fusion d'un acide gras diminue avec le degré d'insaturation et augmente avec la longueur de la chaîne carbonée.

Désignation

Nombres d'atomes de carbone

Nombre de doubles liaisons

Point de fusion

Acide butyrique

4

0

-7,9°C

Acide stéarique

18

0

69,5°C

Acide oléique

18

1

13,4°C

Acide linoléique

18

2

-5°C

Acide linolénique

18

3

-11°C

Figure IV. Variations du point de fusion selon la nature des acides gras

L'hydrogénation des acides gras insaturés (les doubles liaisons peuvent s'ouvrir et fixer des atomes d'hydrogène, transformant ainsi tout ou partie des doubles liaisons en liaisons simples) permet d'élever le point de fusion d'un corps gras (transformation d'une huile, liquide, en graisse, solide) et de limiter le rancissement.

La trans-estérification consiste à redistribuer les différents acides gras (constitutifs d'un ou de deux corps gras) sur le glycérol. Cette technique permet de préparer avec de l'huile de tournesol et de l'huile de palme totalement hydrogénée une margarine ne contenant pas d'acides gras trans.

L'oxydation des acides gras insaturés (les doubles liaisons s'ouvrent et fixent des atomes d'oxygène) a lieu en présence d'air, à température élevée ou sous l'action des ultra-violets. Le corps gras prend alors un goût et une odeur désagréables qui le rendent impropre à la consommation bien qu'il ne soit pas toxique. C'est la raison pour laquelle on conserve les corps gras au frais, à l'abri de l'air et de la lumière.

La résistance des corps gras à la chaleur est variable : il existe pour chacun d'eux une température critique (également appelée "point de fumée") à ne pas dépasser, au delà de laquelle les corps gras produisent des composés toxiques, irritants pour les muqueuses digestives et qui oxydent les caroténoïdes et les vitamines A et E.

Par ailleurs, à une température supérieure à 300°C, le glycérol est transformé en acroléine, substance irritante et toxique. Fort heureusement, cette température n'est atteinte qu'exceptionnellement, les fritures "maison" dépassant rarement 250°C et celles des collectivités ne dépassant pas 170°C.

 

 

Muriel Finetin, Mars 2000
dernière révision : 14 février 2005

 

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