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Maigrir en Afrique de l'Ouest
Question d'internaute : Je cherche des renseignements diététiques pour mon amie africaine (Bénin).
Elle a pris beaucoup de poids depuis plusieurs années, mais la manière de se nourrir en Afrique ne facilite pas le "régime", car tout est à base de sauce, de pâtes variées (manioc, igname, demoule, etc...) et les crudités sont absentes ou exceptionnelles. Son médecin lui dit de maigrir (à
l'européenne), c'est une solution presque impossible. Y a t-il des études faites dans ce domaine ?
Merci de me lire.
Très cordialement.
Chaque personne qui a besoin de perdre du poids doit maigrir en fonction de
ce qu'elle mange habituellement et des aliments qui sont disponibles autour
d'elle. Quel que soit notre continent, cela pourrait revenir à un conseil
unique encourageant à "éviter de manger ce qui est de trop" et c'est
peut-être ce que pensait au fond ce médecin lorsqu'il s'adressait à votre
amie béninoise. En pratique, il est évident cependant que l'asiatique,
l'africain ou l'européen par exemple ne mangeront pas les mêmes aliments,
tout simplement en premier lieu parce qu'ils ne vivent pas au même endroit
et que si l'espèce humaine est omnivore c'est justement parce qu'elle sait
s'adapter à son environnement, ce qui est une grande qualité pour survivre.
Un régime amaigrissant dépend donc toujours de la personne qui va le suivre,
de ses origines, de ses préférences, mais aussi des pratiques culturelles et
sociales qui sont liées à l'alimentation et qui ont un sens pour elle au
sein de son groupe. Les pratiques alimentaires sont en effet
particulièrement liées aux pratiques sociales, aux rituels, aux croyances.
Cela explique pourquoi l'on peut observer de grandes différences
alimentaires même chez des peuples qui sont géographiquement assez proches,
comme par exemple les argentins, très amateurs de viande rouge, et les
mexicains, qui préfèrent de loin manger du maïs. Ces préférences ne sont pas
accidentelles, elles sont ancrées culturellement et profondément enracinées.
La façon dont nous cuisinons a par conséquent beaucoup de sens et parle de
nous, de notre histoire, de notre société, voire simplement de notre
famille. Il y a ainsi des sociétés/familles ou l'on mange rôti, d'autres où
l'on mange bouilli, etc. Si l'on suggérait aux premières de faire un régime
amaigrissant à base d'aliments bouillis et de renoncer définitivement aux
aliments rôtis, cela n'aurait pas beaucoup de sens pour eux et surtout ne
serait pas acceptable socialement, car on ne peut pas faire désirer (de
force...) un régime bouilli là où ce qui est culturellement désirable est un
régime rôti, et réciproquement !
En ce qui concerne votre amie, la première chose à faire consiste à trouver
ce qui la fait grossir dans ses habitudes alimentaires actuelles et à
identifier les solutions possibles, c'est-à-dire comment elle pourrait
manger d'une façon légèrement différente pour que sa nouvelle alimentation
soit en même temps moins calorique mais toujours aussi acceptable et
agréable, de sorte qu'elle puisse ensuite ne pas regrossir. Son alimentation
doit avoir un sens pour elle, en évoquant les traditions, la culture, les
origines qui sont les siennes, en étant partageable avec les personnes
qu'elle aime. Il faut aussi que cette nouvelle façon de manger ne représente
pas un poids supplémentaire dans le budget alimentaire familial. Tous ces
critères doivent être pris en considération pour que les changements
préconisés soient justifiés et judicieux, afin qu'ils puissent déboucher sur
un changement durable qui produise sur le long terme l'effet attendu (la
perte de poids puis le maintien du bénéfice acquis).
Diverses études montrent que le surpoids dans plusieurs pays d'Afrique de
l'Ouest et du Nord touche actuellement les populations qui ont un certain
niveau social, ce qui revient à dire qu'ayant davantage de moyens
économiques, ces personnes ont la possibilité de manger davantage en
quantité et différemment en qualité. Il faut alors observer ce qui change
entre une alimentation à base de féculents (céréales, racines amylacées,
légumineuses) qui permet d'éviter les problèmes de poids, et ce qu'on y
ajoute et qui enrichit considérablement la ration, quotidiennement, telles
que viandes grasses et sauces, ou encore produits sucrés et gras
(confiseries, pâtisseries).
Faire notamment la différence entre les diverses sauces, se poser des
questions sur les qualités nutritives des ingrédients employés. Plus la
sauce est calorifique, et notamment plus elle est riche en lipides (y met-on
du beurre, de la crème, du suif, de l'huile, des graines de sésame
pilées, arachide...? si oui, en quelle quantité ?), et plus elle favorisera la prise
de poids. La sauce constitue normalement un moyen de s'hydrater tout en
conférant du goût à un plat de féculents qui serait fade autrement (il
suffit de manger une assiette de nouilles natures cuites sans sel pour s'en
rendre compte !), en facilitant la déglutition, et en apportant plus de
matière aussi car si l'on n'a pas de viande on ajoutera volontiers de la
sauce tant pour améliorer le goût du plat que pour mieux se rassasier en
remplissant son estomac. Enfin la sauce apporte des vitamines car elle
recourt aux légumes disponibles localement (carottes ou autres racines,
oignon, courges, tomates, poivrons, herbes,...). Une sauce bien conçue ne
pose jamais de problème mais cela exige de s'interroger sur ses qualités ;
il ne faut pas la juger - et la prévoir - seulement en fonction du plaisir
gustatif qu'elle procure, mais aussi en fonction de sa valeur calorique et
des nutriments qu'elle fournit. C'est valable aussi bien pour une personne
qui aurait besoin de prendre du poids que pour une personne qui souhaite en
perdre ou se maintenir à son poids de forme.
Ceci nous rappelle que nous ne mangeons pas en premier pour le plaisir du
goût, mais d'abord pour nous restaurer, c'est-à-dire entretenir notre
intégrité physique dans l'immédiat, et en second lieu notre santé et notre
vitalité. Si nous avons tendance à l'oublier, c'est parce que ce premier
niveau de besoin est généralement couvert (manger pour ne pas mourir de
faim). On l'oublie alors pour s'efforcer de satisfaire des besoins qui se
situent à des niveaux plus éloignés de la nécessité de la simple survie (cf.
la pyramide de Maslow, qui propose une théorie de la hiérarchie des besoins
humains). Comme, effectivement, ce que l'on trouve bon au goût est le
produit de notre culture, on voit bien que le plaisir de manger quelque
chose qui a bon goût ne se situe pas au même niveau de satisfaction que le
plaisir de manger quelque chose qui est bon pour notre santé ou encore qui
assure simplement notre survie immédiate ; ce sont là trois niveaux de
besoins différents.
Chaque cuisinier ou chef de famille ajuste ainsi les quantités et la qualité
de la nourriture servie à sa table en fonction de ses propres besoins
(notamment manifester de l'estime a ses hôtes, besoin d'accomplissement
personnel,...) et des besoins des personnes qui y mangent. Lorsque l'on
accède à une consommation de viande/poisson/oeufs plus fréquente, il nous
faut veiller à manger moins de plats en sauce riche, sinon la ration risque
de devenir trop calorique. En ce qui concerne la viande, il faut aussi
distinguer les viandes maigres (morceaux autour de 2 ou 3% de lipides) et
celles qui sont grasses (20% de lipides ou plus)... C'est souvent dans la
transition entre une alimentation tout juste suffisante (voire insuffisante)
et une ration abondante signe d'une certaine aisance économique (en
s'éloignant du risque de mourir de faim, on change alors de niveau dans nos
besoins), que le risque de manger trop riche apparaît car on souhaite alors,
par exemple, rendre manifeste au quotidien le fait réellement appréciable
que l'on ne manque pas de nourriture, le montrer et le partager avec les
siens, amis et proches. La surabondance alimentaire se charge ainsi de sens
et c'est pourquoi elle est tellement fréquente, pour ne pas dire inévitable,
dans les repas conviviaux. Mais, évidemment, cette surabondance favorise la
surconsommation alimentaire, d'autant plus que culturellement, dans la
plupart des peuples, les enfants sont éduqués en étant encouragés à ne pas
laisser de la nourriture qui leur est servie, à ne pas gâcher cette
nourriture, puisque l'on garde en mémoire les épisodes de famine ou de
pénurie alimentaire qui ont pu être traversés par le passé, la difficulté
d'obtenir cette nourriture, le travail long et pénible qui permet de la
produire et justifie l'honneur ainsi rendu.
Pour en revenir à l'exposé du mode alimentaire de votre amie, il convient de
rappeler que le fait de ne pas manger de légumes crus n'est pas en relation
avec le surpoids car de nombreuses populations n'en consomment pas (en Asie
et en Afrique en particulier) sans que cela pose le moindre problème de
surpoids. Pour des raisons d'hygiène et de rareté de l'eau, il est souvent
préférable dans certaines régions du monde, de manger les végétaux cuits
plutôt que crus. Sauf les fruits que l'on peut éplucher. Si l'eau potable
n'est pas trop rare, on pourra en utiliser pour laver les fruits qui se
consomment avec la peau et les manger tels quels (pommes, poires, pêches...)
Les fruits devraient être présents si possible quotidiennement, pour leur
apport en fibres, vitamines et eau, mais bien sûr sans excès. Il importe de
ne pas considérer les fruits oléagineux (olives, avocats...) et les graines
oléagineuses (noix, noisettes, amandes,...) comme des fruits ou légumes
ordinaires ; on en fera une consommation modérée si l'on est en surpoids. De
même, on veillera à ne consommer des fruits secs qu'en petite quantité,
puisqu'ils sont déshydratés et donc bien plus concentrés en énergie que les
fruits frais (dattes, figues, abricots, raisins secs...). Enfin, il est
également important d'observer les apports énergétiques liés aux boissons
quotidiennes (qui peuvent être sucrées et/ou alcoolisées) et aux repas de
fête, ainsi qu'aux collations ou "grignotages" qu'ils soient pris isolément
ou en groupe.
Pour corriger les défauts de l'alimentation d'une personne, qui la conduisent à
grossir, il faut donc commencer par bien connaître sa façon de manger.
Tracer les grandes lignes (« habituellement, je mange comme ceci ») ne
suffit pas à faire apparaître les éventuelles erreurs alimentaires car on
remarque qu'en général la correction des erreurs diététiques porte justement
sur des détails quotidiens. C'est parce qu'ils sont quotidiens que leur
répétition est à l'origine d'une prise de poids, qui vient d'un excès
d'apport énergétique régulier. C'est aussi parce qu'ils sont des détails
qu'on ne pense justement pas à les mentionner quand on parle de ce que l'on
mange. C'est pourquoi il revient souvent au diététicien de poser des
questions, afin d'obtenir plus de renseignements sur les ingrédients, les
modes de cuisson, les matières grasses ajoutées dans la pâte, la soupe, la
sauce... ou dans l'ustensile de cuisson. Si l'on s'efforce de trouver tout
seul ses erreurs, il faut donc bien penser à entrer ainsi dans les détails
de tout ce qui participe à la préparation des aliments, même le graissage
des plats.
La première démarche constructive pourrait donc être de tenir un petit
journal alimentaire très détaillé en quantité et qualité, pour faire
apparaître tout ce que la personne consomme pendant au moins 4 à 8 jours
consécutifs représentatifs de son mode de vie. Ce journal alimentaire
constitue un outil fondamental dans le cadre d'une consultation avec un
diététicien ou un nutritionniste. Même en l'analysant tout seul, il permet
parfois de commencer à prendre conscience de certaines choses que l'on
n'avait pas décelées avant de les porter par écrit. Si votre amie a accès au
site La diététique en question par internet, ou si vous souhaitez le faire
pour elle, vous pouvez également utiliser l'outil de simulation diététique
qui est disponible sur le site (tamagotchi gratuit, ou sa version
personnalisable réservée aux abonnés du site) afin d'évaluer la valeur
calorique et l'équilibre de quelques-unes de ses journées
alimentaires. Partant de là, vous aurez déjà les premiers éléments pour
"corriger le cap" en travaillant la qualité de la ration et les
quantités des divers aliments consommés.
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