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Du calcium à gogo :

quand les publicitaires prennent les consommateurs pour des gogos

 

Nous avions réalisé sur le site La diététique en question, il y a quelque temps déja, une étude sur les allégations relatives à la teneur en calcium des aliments. Cet article de la rubrique "Coup de gueule" ayant été effacé accidentellement, l'occasion nous est donnée de faire un nouveau point sur la question, et de nous intéresser à l'évolution des messages nutritionnels qui a pu avoir lieu depuis 2 ans.

 

- Les Apports Journaliers Recommandés (AJR) ou Valeurs Nutritionnelles de Référence pour l'étiquetage (VNR) figurent à l'annexe de l'arrêté du 3 décembre 1993 portant application du décret n° 93-1130 du 27 septembre 1993 concernant l'étiquetage relatif aux qualités nutritionnelles des denrées alimentaires :

Vitamines A (µg)800
Vitamine D(µg)5
Vitamine E (mg)10
Vitamine C (mg)60
Thiamine (mg)1,4
Riboflavine (mg)1,6
Niacine (mg)18
Vitamine B6 (mg)2
Folacine (µg)200
Vitamine B12 (µg)1
Biotine (mg)0,15
Acide pantothénique (mg)6
Calcium (mg)800
Phosphore (mg)800
Fer (mg)14
Magnésium (mg)300
Zinc (mg)15
Iode (µg)150

En ce qui concerne le nutriment que nous avons choisi pour ce sujet, à savoir le calcium, nous constatons donc que l'apport journalier recommandé est de 800 mg.
Selon l'avis du Codex Alimentarius (approuvé par la CEDAP), pour que l'étiquetage puisse mentionner l'allégation "source de calcium", il faut que la teneur en calcium aux 100 g, lorsqu'il s'agit d'un aliment solide, soit supérieure ou égale à 15% de l'AJR, soit 800 x 15% = 120 mg de calcium aux 100 g ;
ou bien, s'il s'agit d'un aliment liquide, que la teneur en calcium aux 100 ml soit supérieure ou égale à 7,5% de l'AJR, soit 800 x 7,5% = 60 mg de calcium aux 100 ml ;
ou encore, que la teneur en calcium de l'aliment soit supérieure ou égale à 5% de l'AJR aux 100 kcal.

Par ailleurs, pour que l'étiquetage porte la mention "riche en calcium", les valeurs retenues sont égales à deux fois celles applicables pour la mention "source de calcium".
Ces seuils sont applicables pour toutes les vitamines et tous les minéraux figurant dans les AJR. Cela signifie par exemple que pour pouvoir porter la mention "riche en magnésium", un aliment solide doit contenir 2 x 0,15 x 300 = 90 mg de magnésium aux 100 g, ou bien 2 x 0,05 x 300 = 30 mg de magnésium aux 100 kcal.

Toutefois la directive 90/496/CEE du Conseil, du 24 septembre 1990, relative à l'étiquetage nutritionnel des denrées alimentaires ne fait référence qu'aux teneurs pour 100 g, 100 ml ou par portion, en précisant :
«De manière générale, la quantité à prendre en considération pour décider de ce qui constitue une quantité significative correspond à 15 % de l'apport recommandé spécifié à la présente annexe pour 100 g ou 100 ml ou par emballage si celui-ci ne contient qu'une seule portion.» Ce texte ne fait pas du tout allusion aux mentions du type "riche en" ou "source de". Il pose simplement ici une valeur seuil en deça de laquelle vitamines et minéraux ne peuvent figurer parmi les valeurs nutritionnelles indiquées sur l'emballage. Ce texte législatif n'est donc nullement opposable à la référence internationale qu'est le Codex Alimentarius. Aussi, les valeurs indiquées dans le Codex Alimentarius sont-elles bien celles qui devraient être respectées pour pouvoir recourir aux allégations "source de" et "riche en". Qu'en est-il sur le terrain ?

- Dans Kinder chocolat, il y a autant de calcium que dans un grand verre de lait, peut-on entendre dans une publicité télévisée pour ce produit.
Si on déchiffre cette publicité de manière brute, on peut en déduire que Kinder chocolat peut remplacer le verre de lait du goûter des enfants à l'instar de cette maman soucieuse de bien nourrir ses enfants et qui leur propose... «alors du lait recouvert de chocolat ?» à la place du verre de lait qu'ils auraient risqué de renverser («on ne voudrait pas se salir» disent-ils. Il est bien évident qu'avec des barres de chocolat plein les mains, ils ont nettement moins de risque de se salir !). Mais, si la taille du grand verre de lait n'a pas vraiment besoin d'être précisée dans la mesure où un grand verre contient généralement 25 cl de liquide, ce discours publicitaire n'indique pas non plus combien de tablettes de Kinder chocolat il faut consommer pour avoir une équivalence en calcium avec un grand verre de lait !

Et c'est là que les choses se gâtent...
25 cl de lait demi-écrémé apportent, selon les valeurs données par le CIQUAL, 46 x 2,5 = 115 Calories et 114 x 2,5 = 285 mg de calcium.
100 g de Kinder chocolat apporte, selon l'emballage du produit, 558 Calories et 323 mg de calcium, ce qui signifie que pour obtenir un apport calcique semblable à celui du verre de lait, il faut manger 285 : 323 x 100 = 88,2 grammes de Kinder chocolat.
1 bâtonnet de Kinder chocolat pesant 12,5 g, cela représente la consommation de 7 bâtonnets (soit en réalité 87,5 g de Kinder chocolat).

Or si vous donnez à votre enfant 7 bâtonnets de Kinder chocolat, l'apport énergétique correspondant est égal à 87,5 x 558 / 100 = 488,25 Calories !
Donc, dans un cas, on a un grand verre de lait qui apporte 285 mg de calcium et 115 Calories, et dans l'autre, on a 7 barres de Kinder chocolat qui apportent 282,6 mg de calcium et 488,25 Calories, soit 4,2 fois plus de Calories que le grand verre de lait !

Alors le Kinder chocolat est-il une source de calcium ? Est-il riche en calcium ?
Eh bien, avec ses 323 mg de calcium aux 100 g, 100 g de ce produit couvrent 40% de l'AJR en calcium. Son emballage pourrait donc légalement porter la mention "source de calcium" et même la mention "riche en calcium". Cependant, compte tenu de son apport énergétique très élevé et du pourcentage de lipides très important (34%), cet aliment ne constitue pas une source intéressante de calcium dans la mesure où pour rester en bonne santé, seule une consommation modérée de cet aliment saurait être recommandée. Au contraire, le lait apporte peu d'énergie mais une quantité importante de calcium : boire du lait permet ainsi aisément de couvrir ses besoins en calcium sans déséquilibrer son alimentation ! Les parents ne devraient donc pas être amenés à penser que l'une des meilleures façons de couvrir les besoins en calcium de leurs enfants consiste à leur donner du Kinder chocolat à la place de lait.

- Kinder Tranche au lait, riche en calcium ?
Nous avons vu que le produit Kinder chocolat pourrait voir figurer sur son emballage une allégation de ce type, bien que ce ne soit actuellement pas le cas.
En revanche, on trouve dans le commerce le produit Kinder tranche au lait, sur l'emballage duquel la mention "riche en calcium" figure noir sur blanc, ou plus exactement, blanc sur bleu !
Cette allégation est-elle justifiée ?
Un rapide coup d'oeil sur les informations nutritionnelles nous permet de constater que ce produit chocolaté contient 200 mg de calcium aux 100 g, soit 25% des AJR. Ces 25% permettent en théorie la présence de la mention "source de calcium", mais non pas "riche en calcium". Les valeurs définies par le Codex Alimentarius ne sont donc pas respectées ici. Une fois encore, le consommateur est mal informé et incité à changer des habitudes alimentaires traditionnelles bénéfiques (pain, lait, fruit) contre de nouvelles habitudes alimentaires aussi bonnes pour la santé que les habits neufs de l'empereur sont beaux...

- Ourson de LU, riche en lait et au blé tendre, riche en calcium ou source de calcium ?
Deux paquets de ce produit ont été achetés le même jour. Le premier paquet contient 5 gâteaux, annonce une teneur de 240 mg de calcium aux 100 g et porte la mention "source de calcium".
Le second paquet contient 10 gâteaux, annonce la même teneur de 240 mg de calcium aux 100 g, et porte la mention "riche en calcium" !

Sur le premier emballage on peut lire que 240 mg de calcium représentent 17% de l'AJR, soit 136 mg de calcium. Oui, vous avez bien lu, 240 mg de calcium = 136 mg de calcium ! Sur le deuxième emballage, il apparaît que 240 mg de calcium représentent 40% de l'A.J.R., ce qui est tout à fait exact. L'un des deux tableaux d'informations nutritionnelles au moins n'est donc absolument pas fiable.

De plus, certaines inscriptions portées sur ces paquets de gâteaux pourraient être interprétées par les parents comme un conseil nutritionnel consistant à donner un gâteau à leurs enfants en remplacement d'un laitage, dans la mesure où il est écrit :
«Elaboré en collaboration avec des nutritionnistes, OURSON de LU contribue à couvrir les besoins nutritionnels des enfants en pleine croissance au moment du goûter. Ainsi, un OURSON de LU apporte à votre enfant autant de calcium qu'un petit suisse (67 mg de calcium dans un petit suisse de 60 g).» En lisant la suite du même encadré, on découvre cependant que Danone (LU est une marque du groupe Danone) ne recommande pas de remplacer le laitage par un ourson de LU, mais propose un exemple de goûter équilibré consistant en :
«2 OURSON Chocolat + 1 verre de lait + 1 compote de pomme», ce qui, reconnaissons le, n'est pas un mauvais conseil du tout.

Ce que le parent-consommateur doit surtout éviter de conclure des informations nutritionnelles données sur ce paquet ainsi que de celles issues de la publicité télévisée pour les petits suisses "petits gervais aux fruits" (un autre produit du groupe Danone, dont la publicité s'accompagne d'arguments nutritionnels présentés par une personne qui se dit nutritionniste et qui nous apprend qu'il y a aussi peu de calories dans un petit gervais aux fruits que dans une pomme), c'est qu'un gâteau (Ourson de LU) remplace un petit suisse qui remplace lui-même un fruit et que, par conséquent, si je donne à mon enfant 2 gâteaux Ourson de Lu, ceux-ci remplacent un petit suisse et un fruit dans le cadre d'un repas équilibré, ce qui est une libre extrapolation nutritionnellement désastreuse à laquelle il n'est hélas pas difficile d'aboutir...

Lire les informations nutritionnelles sur les emballages des produits que nous achetons devient plus courant mais la compréhension et l'utilisation de ces données chiffrées n'est pas accessible à l'ensemble de la population, et ce d'autant moins que les fameux AJR sont fort peu connus des consommateurs. Quand bien même ils le seraient, encore faudrait-il que l'acheteur soit également au courant des besoins nutritionnels ou des apports nutritionnels conseillés (ANC) au consommateur final, qui ne correspondent pas aux AJR !

Les AJR relèvent de la législation sur l'étiquetage tandis que les ANC représentent un objectif nutritionnel. En particulier, pour ce qui est du calcium, l'apport journalier recommandé est fixé à 800 mg (AJR) tandis qu'entre 10 et 19 ans, enfants et adolescents devraient consommer 1200 mg (ANC) de calcium par jour...

En outre, comme les mentions relatives aux qualités nutritionnelles ne font pas l'objet d'une réglementation suffisamment claire, qu'elles donnent lieu à de regrettables erreurs et dérives, accompagnées d'assauts répétitifs au moyen des messages publicitaires télévisés soumis à une réglementation différente et guère plus proprice à la protection de la santé et des intérêts du consommateur, la conclusion que l'on peut en tirer à l'heure actuelle est que le consommateur doit devenir acteur de son information nutritionnelle et ne pas attendre qu'elle lui tombe toute cuite entre les mains, en provenance d'une source de l'industrie agro-alimentaire qui a pour vocation de vendre ses produits et non pas d'éduquer le grand public en matière de nutrition.

 

Complément d'information :

Suite à la parution de cet article en février 2002, Madame Laetitia Justeau, diététicienne responsable de la communication médicale chez LU, nous a confirmé, dans une lettre en date du 22 avril 2002, que la teneur en calcium des OURSONS de LU est de l'ordre de 130 mg pour 100 g, soit 17% des AJR, et a ajouté que cette erreur serait corrigée dans les plus brefs délais.
Madame Justeau a par ailleurs rappelé que : «depuis plusieurs années, notre société s'est engagée fortement dans le domaine de la nutrition. Cet engagement se traduit non seulement par des efforts significatifs et constants pour améliorer la qualité nutritionnelle de nos produits, mais aussi par un désir d'accompagner mieux le consommateur dans la gestion de son équilibre alimentaire. C'est pourquoi, afin d'éviter toutes confusions possibles, voire "d'extrapolation", nous valorisons de plus en plus la consommation des biscuits au sein de petits déjeuners et goûters équilibrés, et indiquons des "portions conseillées" sur les emballages».

De plus, "L'engagement Nutrition de LU" figurant en pièce jointe, débute en ces termes :
«Aujourd'hui, l'industrie agroalimentaire occupe une place de plus en plus importante dans l'alimentation : 80 à 90% des aliments consommés sont préparés par les industriels. C'est pourquoi, dans ses 6 axes stratégiques, le Programme National Nutrition Santé (PNNS) souhaite impliquer l'industrie agroalimentaire dans son vaste programme d'information, d'éducation et d'orientation sur l'art du bien manger pour bien se porter.

Conscient du rôle primordial de l'alimentation pour bien gérer bien-être et santé, LU se reconnaît le devoir d'être un partenaire actif de santé publique, de contribuer au développement de l'acquisition de bonnes pratiques alimentaires de toute la famille et d'offrir à chacun des produits céréaliers nourrissants et savoureux qui s'insèrent tout naturellement dans une alimentation équilibrée au quotidien.»

Nous espérons donc que dans les années à venir, non seulement LU saura mettre en place, effectivement, des actions de communication et de marketing qui aillent en ce sens, sans la moindre ambiguïté, et que d'autres entreprises agroalimentaires leur emboîteront le pas, dans l'intérêt collectif.

Muriel Finetin
Première mise en ligne : février 2002
Dernière révision : avril 2002



Les allégations nutritionnelles dans la publicité :
des vrais mensonges aux fausses vérités




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