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Les allégations nutritionnelles dans la publicité :

des vrais mensonges aux fausses vérités

 

Selon une enquête du CREDOC, 87% des Français considèrent qu'une alimentation équilibrée est une condition première de la bonne santé. Les consommateurs s'intéressent davantage que par le passé à ce qu'ils mangent, lisent les étiquettes et cherchent à améliorer leur état de santé à travers leurs choix alimentaires. Ceci explique l'essor des allégations nutritionnelles dans le discours des publicitaires et sur les emballages des produits alimentaires.

 

- Les allégations nutritionnelles quantitatives sont des informations relatives aux quantités de nutriments, énergétiques ou non, présents dans un produit alimentaire. Ces quantités sont indiquées en grammes, assorties éventuellement du pourcentage qu'elles représentent par rapport aux apports journaliers recommandés (AJR).

Certaines informations nutritionnelles quantitatives s'avèrent floues et sujettes à controverse, telles que les mentions "riche en lait" ou "source de calcium". En effet, après avoir retourné l'emballage dans tous les sens, on s'aperçoit que la soi-disant richesse en tel ou tel ingrédient est très relative : tout dépend à quoi on la compare et si les quantités retenues sont cohérentes. Quand La vache qui rit, un des fromages les plus pauvres en calcium, compare l'apport en calcium de 100 g de son fromage à celui de 200 ml de lait, cela n'a pas de sens : on ingère bien plus facilement 1 grand verre de lait que 5 portions de Vache qui rit, et ne parlons pas de la différence d'apport énergétique !

- Les allégations santé décrivent la relation qui existe entre un aliment, un nutriment ou une substance contenue dans un aliment, et un état lié à la santé ou une modification d'un paramètre biologique, mais sans faire référence à une maladie. Par exemple, "le calcium améliore la densité osseuse" est une allégation santé.
Si les messages nutritionnels peuvent contribuer à améliorer les connaissances des consommateurs en matière de nutrition, encore faut-il que ces messages soient fiables et clairement formulés, afin que le consommateur ne soit pas induit en erreur.

De plus, une allégation santé isolée ne suffit pas ; elle ne saurait être valable que dans le cadre d'une consommation bien définie : quantité, fréquence, conditions, conseils d'alimentation et d'hygiène de vie d'ordre plus global...

- Les allégations fonctionnelles décrivent l'action physiologique qu'a un aliment, un nutriment, ou une substance contenue dans un aliment. Par exemple, "la vitamine B6 est nécessaire au métabolisme des glucides" est une allégation fonctionnelle.

Il va de soi que les substances "fonctionnelles" n'ont pas attendu qu'on s'intéresse à elles du point de vue marketing pour être présentes dans les aliments ! Les produits traditionnels contiennent donc des substances fonctionnelles, mais la différence c'est que maintenant, c'est écrit sur l'emballage ! A leurs côtés, de nouveaux aliments sont développés, auxquels on intègre ces substances fonctionnelles qui ne s'y trouvent pas naturellement.

 

La publicité vante les vertus réelles ou imaginaires d'un produit pour inciter le consommateur potentiel à l'acheter. C'est ainsi que le consommateur peut être amené à croire que manger de la Danette à tout moment de la journée ou bien avoir en permanence un paquet de biscuits LU à la main lui donne des chances de devenir un sportif de haut niveau.

Attention, ce n'est pas parce qu'une publicité ne dit pas la vérité qu'elle est mensongère ! Eh oui, on estime que le consommateur est conscient de l'objectif commercial lié à la démarche publicitaire et qu'il est également conscient du fait que ce qu'il voit est une oeuvre de fiction ! Mais la frontière semble parfois bien ténue entre fiction et publicité mensongère... et le risque majeur est celui de la confusion croissante des messages nutritionnels aboutissant à la dérive des modes de consommation alimentaire : abandon d'habitudes alimentaires équilibrées favorables à la santé, au profit de l'intégration inappropriée de nouveaux produits prétendant avoir des vertus qu'ils n'ont pas.

Pour promouvoir un produit alimentaire, le publicitaire doit convaincre l'acheteur potentiel qu'il a entre les mains l'aliment qui lui convient. Différentes stratégies sont alors susceptibles d'être mises en oeuvre pour y parvenir.

1 - La déculpabilisation

Vous connaissez sûrement les gâteaux allégés, conçus pour garder la ligne en se faisant plaisir. Tentant, non ? En se penchant sur la composition et l'apport nutritionnel de ces produits, on s'aperçoit vite que des gâteaux ne bénéficiant pas d'une image minceur sont aussi peu, voire même moins caloriques !

Le tableau ci-dessous en donne un aperçu éloquent.

 

Valeur énergétique pour 100 g

(en kcal)

Teneur en protéines

(en %)

Teneur en lipides

(en %)

Teneur en glucides

(en %)

Gayelord Hauser biscuits de régime

392

19,6

10,4

55

Taillefine LU plaisir abricots

353

2,9

5,9

72

Vivis diététique biscuits fourrés à l'abricot

351

10

16,5

40,6

Barquettes LU à l'abricot

350

4

2

79

 

On peut donc se demander ce qu'il y a de léger dans les gâteaux qui mettent en avant leur légèreté. En tous cas, ce n'est certainement pas le prix !

Par ailleurs, sur l'emballage des biscuits de régime Gayelord Hauser on peut lire : "Un sachet de 3 biscuits vous apporte autant de protéines que 100 ml de lait entier, mais deux fois moins de matière grasse."

Quelle drôle d'idée d'aller faire boire du lait entier aux gens qui sont au régime ! Il eut été plus crédible de parler de lait écrémé, mais dans ce cas les 3 biscuits en question, avec leur 1,95 g de lipides, apportent près de 20 fois plus de matière grasse que le lait écrémé. Ce n'est pas un argument très vendeur, nous en conviendrons ! Et puis 100 ml de lait écrémé n'apportent que 36 kcal contre 75 pour les 3 biscuits ! Comme quoi il est facile de faire valoir les qualités d'un produit en choisissant une comparaison flatteuse... qui ne présente par ailleurs aucun intérêt, les gâteaux et le lait appartenant à deux groupes alimentaires différents qui n'ont aucune raison de se concurrencer.

2 - Le devoir moral

Nous souhaitons ce qu'il y a de mieux pour nous-mêmes et plus encore pour nos enfants. Les parents sont à la fois responsables de l'éducation nutritionnelle qu'ils donnent à leurs enfants et des aliments qu'ils mettent dans leur assiette ou dans leur cartable. Alors, les gâteaux ou les produits à base de chocolat se parent de nombreuses vertus nutritionnelles : ils deviennent riches en lait et en fibres, sont sources de vitamines et minéraux et bien sûr, sont la clef de voûte de l'équilibre alimentaire. Bref, vous pouvez les donner sans scrupules à vos enfants.

La lecture d'un nouvel emballage nous apprend que "Savane est un gâteau équilibré en glucides simples (utiles pour l'énergie immédiate) et en glucides complexes (nécessaires pour une énergie qui dure)." Le mot "équilibre" nous fait accroire que cet apport en glucides est optimal pour notre santé, alors qu'il n'en est rien. Faire valoir les atouts éventuels d'un produit ne semble pas condamnable (même si c'est effectué d'une façon maladroite), en revanche, n'est-il pas déloyal d'en taire les points faibles ? 25% de matière grasse dont plus du tiers sous forme d'acides gras saturés, il est vrai, cela ne se met pas en avant... Notre devoir moral nous conduirait à limiter la fréquence de consommation d'un tel produit, ce qui est à l'opposé de l'objectif marketing poursuivi.

3 - L'équilibre

Puisque les consommateurs s'interrogent à propos de ce qu'ils mangent, les fabricants et publicitaires ont donc un nouveau champ d'action pour tenter de les conquérir et de les fidéliser. Hélas, c'est aussi la porte ouverte à l'incohérence et à la désinformation.

"Le surimi bénéficie d'un bon équilibre protides/glucides" peut-on lire dans le magazine "La vie Auchan". Mais que veut donc dire "un bon équilibre protides/glucides" dans le cas d'un aliment qui est consommé en équivalence avec la viande, le poisson ou les oeufs, lesquels contiennent une quantité de glucides infime ? Or le surimi, lui, en contient au moins 8%. Cet argument nutritionnel est donc assez mal choisi mais la magie du mot "équilibre" explique bien des choses...

En tournant la page, on lit encore : "Riche en protéines d'origine marine, le surimi est bon pour les enfants." Confusion accidentelle ou volontaire avec les vertus bénéfiques, très médiatisées, de certains acides gras d'origine marine ? Et que viennent donc faire nos enfants ici ? Ah oui, le devoir moral évoqué plus haut... Dans le magazine Danoé, (magazine des marques du groupe Danone), même confusion à propos du poisson. "Le poisson contient l'une des plus vertueuses de nos protéines animales." Mais la suite de l'encart ne nous parle en fait que de lipides !

Enfin, comment ne pas mentionner la guerre des matières grasses que se livrent certains laitages ? Fjord proclame : "avec juste 6% de matière grasse, vous pouvez en manger aussi souvent que vous voulez !". Il s'agit bien sûr de 6% de M.G. par rapport au produit fini. Le fromage blanc à 20% de M.G. vous semble tout à coup bien gras... et pourtant, c'est curieux, on a l'impression que c'est le Fjord qui est le plus gras quand on le goûte. C'est à n'y rien comprendre ! En fait, les 20% de M.G. qu'annonce le fromage blanc se rapportent à l'extrait sec, ce qui signifie que le fromage blanc ne comporte en réalité que 3,6 % de M.G. par rapport au produit fini, puisqu'il contient 82% d'eau ! Le plus maigre des deux n'est donc pas celui qu'on pense !

Au fond, plus nous sommes curieux de savoir ce que nous mangeons et d'en connaître les répercussions dans notre organisme afin de faire les meilleurs choix, plus les messages nutritionnels censés nous y aider risquent de nous noyer sous des informations contradictoires et difficiles à exploiter. Ce ne sont pas les produits eux-mêmes qui sont remis en cause, mais le choix et la formulation des allégations nutritionnelles dont ils sont assortis.

Il y a donc encore beaucoup à faire au niveau de la réglementation et des guides de bonnes pratiques pour que les allégations nutritionnelles servent davantage la cause des consommateurs.

 

Muriel Finetin
novembre 2000



Du calcium à gogo :
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