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Vices et vertus des nouveaux aliments
Depuis l'Antiquité, et probablement même avant, l'homme a appris à connaître les propriétés thérapeutiques des plantes et des aliments,
qu'il a intégrés à sa nourriture et à sa pharmacopée.
Plus nous avons eu les moyens de savoir ce qui était bon pour nous et d'en disposer, plus il nous a été difficile
de nous en contenter, car, avides de progrès, nous nous sommes créé des besoins nouveaux, et qui dit nouveaux besoins dit remise en question de ce que nous possédons déjà.
Depuis quelques décennies, l'homme
invente des aliments nouveaux, des aliments fonctionnels, qui contiennent désormais des éléments favorables à la santé qu'ils n'ont jamais
contenu auparavant. Ainsi sont nés les yaourts au bifidus, le sucre aux bifidofibres®,
et tous les autres produits auxquels ont ainsi été rajoutées des substances qui ne leur sont pas propres, par simple addition ou par manipulation génétique,
timides pionniers ouvrant la voie des "médicaliments" (dont les enjeux n'ont pas fini de faire couler de l'encre).
Ces nouveaux aliments répondent-ils à un besoin réel ? La tentation est grande pour un(e) diététicien(ne) de répondre non, car
il suffirait que les gens mangent équilibré, diversifié, et en quantité appropriée, pour que les vertus nouvelles qu'apportent
ces produits soient absolument inutiles. A quoi bon lutter contre la constipation chez une personne qui n'est pas constipée ?
A quoi bon prévenir les risques d'hypercholestérolémie et d'athérosclérose chez un sujet qui ne présente pas de risque par rapport
à ces affections ?
Mais il ne faut pas nier l'évidence : bien des gens mangent mal, sont constipés, obèses, diabétiques, souffrent d'hypercholestérolémie, etc.
Ces nouveaux aliments sont donc pour eux une bonne solution... non ?
En réalité, le problème ne devrait pas se poser en ces termes. L'apparition des édulcorants et des produits allégés aurait dû, logiquement,
entraîner une diminution du nombre des obèses, or c'est le contraire qu'on a observé. Il y a là matière à réflexion.
Si, de même, l'apparition des aliments fonctionnels renforce le cercle vicieux qui incite les consommateurs à se
fourvoyer davantage dans une alimentation nuisible à leur santé tout en leur donnant bonne conscience, alors ces produits ne constituent en
aucune façon une amélioration et les bénéfices escomptés en termes de prévention santé ne sont que chimère...
Faut-il pour autant jeter le blâme sur ces produits ? Non, car ces aliments peuvent être choisis préférentiellement à d'autres, pour peu que l'on ait
conscience de ce que l'on fait. Manger un yaourt au bifidus n'a rien de préjudiciable à la santé, bien au contraire, à condition que le reste du comportement
alimentaire du consommateur soit cohérent avec cette démarche.
De même, prendre de l'actisucre® plutôt que du sucre ordinaire n'est pas nuisible à la santé,
bien évidemment, à condition que le consommateur ne se dise pas : "Ce que je mange est bon pour ma santé; plus j'en mangerai et
plus je serai en bonne santé, cela me dispense donc de manger équilibré."
Comme dit le proverbe, le mieux est parfois l'ennemi du bien.